HERA France : se reconstruire par l’amour de son projet

Chiara Condi of HERA France
Chiara Condi
J’ai lancé HERA France après une longue période de découverte. Tout a commencé le jour où j’ai quitté mon travail sans trop savoir ce que j’allais faire. Ce n’était pas mon prochain pas dans l’immédiat; j’ai dû passer par une longue période de maladie et de chagrin pour arriver à me créer un univers autour de moi que j’aime. Pour l’exprimer de façon très succincte, mon travail pour une organisation internationale m’avait laissé très déçue par rapport à ma capacité de faire évoluer les choses dans le monde autour de moi d’une façon positive. Et cette déception m’a fait abandonner mon espoir pendant trop longtemps.
Avec le recul, je ne vois pas seulement combien cela a été dur pour moi pendant cette période, mais aujourd’hui je comprends aussi pourquoi : ce n’était pas la réalité à laquelle je faisais face mais plutôt la façon dont je la voyais qui était le problème. J’étais hantée par un sentiment puissant de perte après avoir quitté mon travail sans trop savoir pour quoi exactement je l’avais quitté. Je refusais de voir que le monde aurait pu être autre de ce qu’il était et que j’avais en moi la capacité d’y amener de nouvelles idées et solutions. Quand j’ai finalement eu le courage d’avancer, j’ai dû recommencer de zéro. Comment créer une structure pour accompagner les femmes quand on n’a pas les moyens pour le faire ?
Pendant trop longtemps je croyais que c’était un rêve impossible. Et puis un jour je me suis aperçue que je pouvais le réaliser en inspirant les autres à partager la même vision de changement que je voulais créer. Je savais que finalement j’allais réussir à construire une communauté avec suffisamment d’individus ayant le même esprit pour pouvoir réaliser ma vision. À partir de ce jour-là j’ai décidé de partager ma vision avec le plus de personnes possible, croyant profondément que le jour serait arrivé où suffisamment de monde s’y adhérait pour la réaliser. La meilleure partie de ce type de travail est que ceux qui adhérent à la vision deviennent investisseurs dans l’idée et la réussite du projet—ton succès devient leur succès, et ils travaillent non pas pour toi mais avec toi. Je ne le savais pas en ce temps-là, mais maintenant j’ai appris que cela fait toute la différence du monde dans le long terme.
la coccinelleJe pense que la clé était que j’étais tellement convaincue de ce que je faisais que je savais que j’allais réussir et j’ai finalement arrêté de me demander quand. Je ne me demandais plus comment cela arriverait, et j’ai commencé à me concentrer sur les premiers pas. C’était peut-être la prise de conscience la plus importante du processus, car on ne devrait jamais sous-estimer le pouvoir des premiers pas et de voir ceux-ci se concrétiser. Aujourd’hui j’apprécie beaucoup le fait que tout succès, même le plus petit, t’amène vers ton prochain succès.
Enfin pendant le dernier an et demi j’y suis arrivée, en commençant de zéro pour créer une organisation accompagnant des femmes ayant subi des violences à devenir entrepreneurs. Le programme dure un an, pendant lequel elles apprennent à concrétiser leur passion dans un projet professionnel.
Durant tout ce chemin j’ai appris aussi que le désir de changer le monde est contagieux. C’est par ce chemin que j’ai obtenu mes premiers contacts dans les écoles de commerce qui m’ont amené ensuite vers l’administration et l’ultime acceptation de mon programme. Une école de commerce a amené une autre, et un entrepreneur a amené un autre qui a amené d’autres individus dans le groupe. C’est comme ça que l’association est née. On y met de l’enthousiasme, on frappe aux portes et à un certain moment la magie opère et les choses commencent à prendre de l’ampleur. Aujourd’hui je me trouve dans l’heureuse position où les personnes eux-mêmes me contactent. Le programme est assez hétérogène, plein de caractère et unique car il a été construit non pas autour de moi, mais autour des talents et compétences des individus que j’ai rassemblés autour du projet qui s’y expriment pleinement. Je crois profondément que, tout comme dans le conseil d’administration d’une entreprise, la diversité est le meilleur ingrédient pour assurer le succès d’une initiative et prévenir son échec—quelque part il y aura toujours quelqu’un qui aura une idée brillante à laquelle tu n’auras jamais pensé avant.
Et on ne peut pas passer sa vie à se préparer. La vérité est que si on voulait, on pourrait passer toute sa vie à se préparer. Mais à un certain moment, il faut juste annoncer à soi-même que quoi qu’il arrive, parfait ou non, il faut commencer. C’est difficile de démarrer parce que c’est le moment où le reste du monde voit ton travail et tu seras inévitablement jugé. Bien sûr, tu pourrais toujours faire mieux, mais c’est pour cela que le futur existe—sinon, vers quoi aurait-on le plaisir de se projeter ?
Je ne veux pas dire que mon parcours était facile du tout ou que ce chemin a toujours été très clair pour moi, car ce serait loin de la vérité. J’ai dû prendre en compte les choses les plus imprévisibles que je n’aurais jamais imaginées. Comment aurais-je pu penser que les gens qui aident les femmes auraient eu autant de mal à exposer les femmes à un « défi », même si cela leur aurait donné la possibilité de reconstruire leur vie autour de leurs rêves ? Donc j’ai appris que s’inquiéter trop n’est pas très intéressant parce que les choses qui arrivent sont toujours celles qu’on n’aurait jamais pu prévoir. Il faut juste avoir suffisamment de foie et à chaque obstacle croire pouvoir trouver une solution.
Quel était le rôle du Playground dans ce parcours ? La première chose que je voudrais spécifier est que je n’expose pas les participantes de mon programme, ni mes bénévoles, à des expériences que je n’ai pas testées moi-même. Cela fait partie de mon intégrité, le fait que je crois pleinement dans tous les intervenants et parties du programme. Alors, si je leur ai demandé de faire partie de cette aventure, c’est à cause de l’impact que le Playground et ses formations ont eu sur moi et que j’ai cru qu’ils pouvaient avoir sur les personnes avec qui je travaille. La beauté de tout cela est que c’est devenu un pilier commun de l’expérience HERA pour les mentors comme pour les participantes, et cela nous a permis de nous réunir autour d’une vision et d’un langage commun pour réaliser notre mission. Les actions du Playground ont aidé les autres à croire dans leurs rêves et dans notre rêve collectif en tant qu’association.
HERA France logoQuelle était la meilleure partie de cette expérience ? C’était de voir le fait que les personnes peuvent vraiment changer et d’être témoin de cette évolution. Je croyais que j’allais voir ce changement s’effectuer juste au niveau des participantes, mais au contraire je le vois aussi au niveau des mentors, et petit à petit cet esprit commence à s’étendre à tous ceux qui rentrent en contact avec notre groupe. Maintenant je comprends qu’on change vraiment nous-mêmes quand on aide les autres ; cela nous transforme. Cela indique aussi que dans l’association tout le monde est pleinement engagé, et non pas engagés dans un simple résultat mais dans un processus—ce qui veut dire que nous sommes ouverts au fait que le processus peut nous changer et nous amener ailleurs. Et je suis très fière que pour nous tous, cela a été le cas.
Pour plus d’infos, contacter Chiara Condi à chiara@herafrance.org.