La magie derrière TEDx

Salah-Eddine Benzakour at TEDxAlsace
Photo par Michel Caumes / Photo-graphisme.fr

Salah-Eddine Benzakour est le fondateur des événements TEDxAlsace et TEDxAlsace Salon. Formateur-Expert en webmarketing et innovation, Salah gère Puissance E (organisme de formation en webmarketing et innovation pour les cadres et dirigeants) et préside la start-up MediaHeroes SAS. Il est Expert APM et préside le grand conseil de la SIM (Société Industrielle de Mulhouse). Suite à la conférence TEDxAlsace 2013, il a gentiment accepté d’être interviewé par Lourdes Gutierrez et Marco Frediani. Voici des extraits de leur échange.

Quelle était votre motivation, votre rêve, d’amener TEDx en Alsace ?

J’adorais, et j’adore toujours, le fait de voir les vidéo TED. C’est quelque chose qui m’inspire et qui m’inspirait énormément. En 2010 j’ai su que TED lançait le programme TEDx. Le programme TEDx, c’est quoi ?  C’est un programme qui permet à des indépendants d’organiser un événement qui ressemble à TED, avec la licence de TED, mais dans leur communauté et dans leur région. À ce moment-là en France, il y avait juste le TEDxParis. J’avais contacté l’organisateur du TEDxParis. Je lui ai parlé de mon intérêt d’organiser un TEDx en Alsace. Il m’avait donné quelques pistes. Après, j’ai contacté la fondation TED pour ma demande. J’ai expliqué comme quoi j’avais déjà par ailleurs organisé d’autres événements et tout, et les choses se sont bien passées. Ils ont accepté, et c’est comme ça que ça a commencé. Mais si vous voulez, le point de départ, c’était la volonté d’organiser quelque chose qui me passionnait dans un endroit dans lequel je vis, et dans lequel je vis bien, et je voulais apporter cette source de « passion » à ma communauté.

Qu’est-ce qui vous passionne de TEDx ?  

Hors TEDx, ce qui me passionne généralement, c’est aider des gens en les inspirant. L’inspiration pour moi, c’est deux choses : c'est (1) une vision meilleure de soi dans le futur, et (2) un niveau de motivation suffisant pour enclencher la première action. TED m’inspirait énormément parce que ça me donnait énormément de nouvelles idées, et ça me donnait aussi de la motivation pour pouvoir créer des nouvelles choses. Je vois les vidéos TED et les conférences TEDx comme un outil, comme quelque chose d’extraordinaire qui peut aider des gens à passer à l’action en les inspirant avec des exemples et des modèles. 

Avec toute cette passion, cette magie, cette inspiration, comment faites-vous pour choisir les différentes thématiques de chaque année ? 

Je choisis des thématiques qui m’interrogent. Toutes les thématiques sont liées à un truc qui me passionne, l’esprit de l’entrepreneuriat : l’entrepreneuriat dans le sens de passer à l’action, dans le sens de ne pas accepter le statu quo, dans le sens de faire quelque chose, prendre sa vie en main, et dire qu’on ne subit pas, qu’on a la capacité de décider d’agir. Le choix des thématiques est lié à un questionnement auquel je n’arrive pas à trouver une réponse, et je demande à des experts et à des speakers de partager avec moi et avec l’audience leur expérience de vie et les débuts de solutions qu’ils peuvent apporter. Les gens que j’essaie d’inviter, c’est des gens qui ont expérimenté eux-mêmes la solution qu’ils préconisent.

Comment faites-vous ce travail extraordinaire de choisir une gamme de conférenciers avec des expériences complètement différentes ?

Je commence par une liste d’une cinquantaine de conférenciers. Je commence à chercher des informations les concernant et j’essaie d’identifier une trentaine qui me semblent vraiment intéressants. Dans la trentaine, je leur envoie un mail pour leur expliquer le projet. Généralement, il y a peut-être entre 15 et 20 personnes qui disent oui, ça m’intéresse. Après, je leur explique les conditions, je leur explique aussi qu’il faut un temps de préparation, et généralement on finit avec une liste d’entre 12 et 15 conférenciers. À travers les échanges avec les conférenciers, il y a des messages forts qui sortent. Et moi, ce que j’essaie de faire, c’est de lire ces messages qui sortent, de voir un lien entre eux. J’ai en tête, par exemple, une problématique. J’ai une volonté de là où je veux amener les conférenciers. Mais il y a aussi une volonté du lâcher-prise dans le sens où le contenu qui est donné par les conférenciers, moi je ne le connais pas et je ne connais pas leurs phrases magiques, qui est l’enseignement clé que les conférenciers vont distribuer. L’idée c’est d’inspirer l’audience. On fait tout ça pour ça, pour que l’audience soit inspirée. 

Quelle est la chose la plus gratifiante pour vous en organisant cet événement ?

C’est quand je vois des yeux briller. C’est quand je vois des gens qui me disent grâce au TEDx, j’ai changé ça. Grâce au TEDx, j’ai compris ça. Grâce au TEDx, je vais faire ça. Et la chose vraiment qui me fait énormément, énormément, énormément plaisir, c’est quand quelqu’un qui a assisté au TEDx revient et ramène avec lui ses enfants. C'est pour moi la chose la plus gratifiante. C’est quelqu’un qui me fait confiance et qui fait confiance à cette organisation, à cet événement, pour amener la chose la plus précieuse chez lui, à savoir son enfant, pour pouvoir s’inspirer. Cette année j’ai eu plusieurs personnes qui ont ramené des enfants qui ont parfois 12 ans, 13 ans ; il y a quelqu’un qui m’a dit je sais que mon enfant ne va pas tout comprendre, mais je veux le ramener ici parce qu’il regarde des sources d’inspiration. Et c’est ça l’état d’esprit que je veux donner à cet événement ici en Alsace, c’est que ça devienne un événement familial. La première année il y avait 100 personnes, la deuxième année il y avait 250, la troisième année il y avait 500, et cette année il y avait 800 personnes. Mais l’année prochaine, on va essayer de se limiter à 300 personnes, même si on a la capaci
té d’aller à plus. Pourquoi ? Pour garder une certaine intimité, pour avoir cet état d’esprit familial. 

Quelle était une des belles surprises pour vous dans le feedback que vous avez eu pour TEDx Alsace 2013 ?

Chaque année je demande aux personnes de façon systématique qui sont les trois conférenciers qui les ont le plus touchées. Dans le passé, sur trois conférenciers, il y avait deux conférenciers qui revenaient de façon systématique et il y avait un troisième conférencier qui était une personne différente par rapport aux différentes personnes. Mais cette année, les trois conférenciers sont différents pour tous les gens qui me répondent. Ça me permet de lire que tous les conférenciers étaient bons et qu’ils ont réussi à toucher l’audience de différentes façons. Et ça, c’est un ingrédient de la réussite d’un TEDx.

Quel a été votre plus grand défi ou challenge pour organiser cet événement ?

Le plus gros challenge c’est l’organisation humaine, et le plus grand challenge que j’ai eu cette année, c’est le fait d’avoir des équipes de personnes qui sont purement volontaires. C’est des gens qui travaillent et en parallèle donnent sur leur temps libre. Ils investissent du temps dans l’événement, et on ne peut pas leur demander des choses extraordinaires ; plutôt, ils font des choses extraordinaires mais on ne peut pas leur demander d’arrêter de travailler pour travailler sur le TEDx. Ma satisfaction personnelle c’est d’avoir réussi à résoudre ce problème d’organisation humaine cette année grâce à des super personnes d’une implication extraordinaire. C’est des gens qui ont cru dans le projet, qui se sont donnés vraiment corps et âme pour la réussite de ce projet.

Réussir à ce que tous ces gens donnent de leur temps pour les autres et pour que cet événement réussisse, c’est dire que vous les avez vraiment inspirés.

Au long de ma vie TEDx, j’ai compris quelle était ma mission pour les prochaines éditions. J’ai compris que ma seule tâche était de rassurer, d’inspirer, de mettre en lien, mais les gens, ils ont l’énergie et les ressources en eux. Ma seule tâche était « d’un leader », un leader dans le sens d’inspirer et un leader qui est au service d’eux.

Là vous pratiquez pour les autres ce dépassement, cet entrepreneuriat dont vous avez parlé au début de cet entretien. Quel est votre prochain dépassement et votre prochain rêve pour vous ?

Peut-être mon prochain dépassement c’est le fait d’avoir les bons outils pour mieux accompagner des talents. Mon rêve aujourd’hui c’est peut-être dans l’échelle de, je dirais entre 2 à 50, d’avoir toutes les ressources nécessaires pour devenir un coach, un coach de cadres, de dirigeants, mais un coach personnel… c’est pas pour un but commercial, parce que j’aime beaucoup la formation, j’aime beaucoup l’innovation, le web marketing, les nouvelles technologies–ça aussi fait partie de mes passions et j’aimerais bien rester dans ça–mais quand il y a des gens qui le demandent, quand il y a des challenges et qu’il y a, par exemple, un besoin d’aider quelqu’un à se dépasser, j’aimerais bien être capable en ayant les ressources et les outils nécessaires pour pouvoir l’accompagner. Ça c’est un rêve.

Si vous aviez une métaphore ou une image pour décrire ce qui émerge pour vous, ce serait quoi ?

L’image qui me vient à l’esprit c’est le fait de grandir. Je pense que dans l’évolution de chaque personne, il y a le début où on est un enfant où on veut jouer et tout. Il y a un moment où on commence à apprendre. Il y a un moment où on commence à expérimenter les apprentissages. Il y a un moment où on se spécialise dans quelque chose, on a une expertise et on commence à monnayer cette expertise, et on commence à aider les autres à travers cette expertise, mais je pense que l’étape suivante qui aussi est très intéressante et très inspirante et très riche en enseignement, c’est la transmission. J’ai le sentiment que je suis en train d’essayer de professionnaliser cette notion de transmission. Je ne sais pas pourquoi, mais là aussi, il faudrait se laisser guider par l’évolution des choses, et je sens que je suis appelé vers cette voie-là. Alors, l’image c’est de grandir. 

Merci beaucoup pour ce moment d’inspiration.

Merci à vous.